William L'épopée

Chapitre 7

Chapitre 7: Formation.

Eanne revint peu après le départ du Commandant Dol. Elle avait changé sa robe contre une tunique et pantalon. Après avoir jeté un coup d’œil au trio elle se dirigea vers moi.

« J’ai ramené de quoi écrire comme ordonné. » Dit-elle tout directement.

« Bien. Gilas et Rul vont nous rejoindre. Ah je vous ai donné des ‘rangs’, ‘écuyer’ pour Gilas et toi, ‘page’ pour Rul et Guro. ‘Page’ mène à ‘écuyer’, ‘écuyer’ mène  à ‘chevalier’. En temps et en heure, j’expliquerais plus en détails ce que j’entends par là. »

« D’accord. » Dit-elle incertaine.

« Bien peux-tu me passer ce que tu m’as apporté, et m’apprendre à lire et à écrire? » Demandais-je en posant ce que je tenais, actuellement la 4e épée en bois, presque taillée complètement.

« Entendu » Répondit-elle en hochant la tête, et prenant des feuilles de parchemins, une bouteille d’encre et une plume de la sacoche qu’elle portait.

Après une petite heure d’enseignement, je pense pouvoir honnêtement dire que je me débrouillais correctement. Leur écriture était plutôt semblable à l’alphabet latin. Des runes représentaient des sons, tel que ‘b’, ‘d’, ‘a’ ‘en/an’ et ainsi de suite. Une rune pour un son simple, et on combinait les runes pour former un mot comme il se prononçait. Il y avait aussi un petit rune pour désigner le singulier, pluriel, masculin, féminin, objet, être vivant, être ‘avec une âme’ ce qui désignait en gros les êtres humains. Mais je ne sais pas pourquoi Eanne désignait cette rune ainsi. Je veux dire, il n’y a pas d’autres races aussi conscientes que les humains non? Les runes étaient assez simple à tracer, juste un ensemble de traits droits. Bien sûr je n’avais pas tout appris par cœur, juste fait correspondre les sons, avec l’équivalent dans ma langue, idem avec les runes de ‘personnalisation’ comme Eanne les appelait. Après pour écrire je n’avais juste qu’à prononcer les mots à voix haute, et retranscrire les sons que j’entendais. Une expérience étrange sincèrement, retranscrire ce qu’on prononce. On faisait comme ça petit? Je ne m’en rappelle pas. Pour lire j’avais un peu plus de mal, je devais obligatoirement me référer à ma petite liste, et prendre du temps pour déchiffrer. Cela viendra avec le temps. Les chiffres étaient par contre bien plus compliqué, à m’en donner mal au crâne. Les chiffres romains à côté étaient d’une simplicité enfantine. J’expliqua du coup nos bons vieux chiffres arabes, ainsi que les symboles pour les différentes opérations. Elle en fut bouche bée. Franchement je la comprends, elle a du beaucoup souffrir pour apprendre leur système de calcul alors que le nôtre était si simple. Juste retenir 10 symboles pour les chiffres, 5 symboles pour les opérations et on pouvait faire tout ce qu’on voulait avec ça une fois compris comment les agencer.

Je dis alors à Eanne de suivre les mêmes exercices que les garçons. Pendant ce temps je me mis à dessiner et rédiger des schémas d’attaques et parades avec une épée. J’étais plutôt fier de mes capacités d’artiste. Et avec de la pratique, je n’avais pas de difficulté à écrire avec une plume. Même si c’était particulièrement difficile de ne pas barbouiller avec ma main ce que je venais de rédiger ou dessiner. J’écris ainsi une petite vingtaine de pages de mouvements de combat à l’épée. Je finis ensuite de tailler la dernière épée de bois pendant que l’encre séchée. Et afin de me mettre les idées au clair avant de rédiger la partie sur les vertus du chevalier. Assez niais dit comme ça… Je les ai écrit en m’inspirant de ce qu’on peut trouver un peu partout sur internet. J’en étais plutôt fier, même si cela sonnait assez embarrassant. Le résultat donna ceci!

Code de la morale du chevalier

-Loyauté
Le chevalier doit toujours être loyal envers ses compagnons d’armes, et son seigneur qui mérite de l’avoir à son service.

-Prouesse
Le chevalier doit être preux et posséder une grande vaillance au combat. La force de l’âme est aussi très importante. Il doit combattre pour le service de la justice et du Code de La Chevalerie.

-Sagesse
Le chevalier doit être sage et sensé afin d’éviter de tomber dans la barbarie. Le chevalier doit avoir le contrôle sur sa colère, sa haine. Il doit rester maître de lui-même à tout moment.

-Noblesse
Le Chevalier doit être courtois envers son prochain même si celui-ci est un ennemi. Il se doit de faire preuve de respect si il veut que le respect lui soit rendu.

-Justice
Le chevalier doit toujours choisir le droit chemin sans être encombré par des intérêts personnels. La justice par l’épée peut être horrible alors l’humilité et la pitié doit tempérer cette justice.

-Défense
Un chevalier se doit de défendre son seigneur et ceux qui dépendent de lui. Ainsi que ceux qui ne peuvent se défendre.

-Courage
Un chevalier se doit d’affronter sa peur, et l’adversité à laquelle il fera face.

-Foi
Le chevalier doit avoir foi en son Code et ses compagnons afin de garder l’espoir.

-Humilité
Le chevalier ne doit pas se vanter de ses exploits, mais se montrer humble envers les autres.

-Franchise
Le chevalier doit parler le plus sincèrement possible.

« Oui très embarrassant. » me dis-je en soupirant.

Je mis ensuite la feuille de côté, et pris une autre pour faire des schémas de ce que j’avais en tête. Je souhaitais faire faire au forgeron du village des étriers et des fers à cheval. Deux objets qui semblaient inconnus ici. Après que tout fut bien sec je me dirigea vers le groupe épuisé. Je donna la petite liasse de feuilles représentant les combats à épée Eanne ainsi qu’à chacun une des épées en bois. Je donna aussi à Eanne le petit texte sur la morale du chevalier en lui demandant de la lire et de me poser des questions à mon retour si il y a des passages qu’elle ne comprenait pas. Je lui présenta le texte comme le code qu’ils devront suivre à partir de maintenant, la base de leur nouveau mode de vie. Je lui demanda après qu’elle eut finit de lire la liasse de feuilles si tout était clair. Elle me regarda très surprise et dit qu’il n’y avait aucun soucis pour comprendre. Je lui demanda d’écrire les mesures du groupe sur une feuille afin de pouvoir faire mettre à leur taille les équipements obtenus. Puis je leur dit de poursuivre l’entraînement, tandis que je réglerais les affaires avec le forgeron.

Je dis à Gilas de me suivre en lui faisant porter mon heaume, pendant qu’Eanne commençait à expliquer les mouvements aux deux plus jeunes. J’avais besoin de lui pour qu’il me montre le chemin jusqu’au forgeron. Je lui demanda s’il voyait un soucis pour les schémas que j’avais dessiné.

« Hum, non ça m’a l’air bon, ça à l’air faisable, mais il n’y a pas les tailles des objets… Normal? Et c’est une couverture cousue avec des petites plaques de fer, à quoi ça sert ça? » Commenta-t’il surpris.

« Pour la taille, je n’ai pas encore pris les mesures, mais j’ai déjà une vague idée. Ce serait à peu près de cette taille pour les croissants de métal, un fer à cheval. » En écartant mes mains pour montrer approximativement la taille. »Pour la boucle de métal aplatie, l’étrier, assez grande pour y passer mon pied, la bande de cuir pouvant s’ajuster. Ah et pour la ‘couverture’ tu n’es pas loin, chez moi on appelle ça une barde et c’est pour protéger le cheval d’une partie des coups et des flèches. C’est provisoire, je veux en faire un modèle totalement en plaque de métal dès que j’en aurai les moyens. »

« Hum, attendez… Si j’ai bien suivi tout ça et pour le cheval? »

« Oui, afin de faciliter l’usage du cheval et augmenter ses performances. »

Il me regarda comme si je lui parlais chinois. Ouai il verra bien quand on y sera.

« Tout d’abord allons chercher un de mes chevaux. Il va servir pour les mesures. » Conclus-je.

Après avoir sélectionné le plus robuste des hongres, que j’userais pour mon usage personnel, et pris une des selles pour servir d’essai au forgeron. On se dirigea vers la forge pour discuter avec le forgeron. Il comprit aisément ce que j’attendais de  lui bien qu’il parût un peu étonné. Il prit rapidement les mesures du cheval. D’après lui il aura tout finit la veille de notre départ. Il n’avait pas beaucoup de travail actuellement donc ça ne posera pas de problème.

« Pour ce qui est du prix, je vous facturerais juste le coût des matériaux. C’est ma façon de vous remercier pour prendre soin de ces quatre jeunes orphelins. Cela enlève un grand poids de nos épaules. Et vous ne le regretterez pas, le petit Gilas est dur à la tâche. » Dit-il avec un grand sourire. Puis son expression s’assombrissant: « Malheureusement Eanne et Guro ne sont pas les seuls nouveaux orphelins du village, le petit Gers a perdu lui aussi ses parents, le chef l’a pris sous son aile, pauvre gamin, juste 3 ans et sans parent. » Dit-il en soupirant. « Il y a aussi le jeune Dard, et ses deux petites sœurs jumelles… Et pire que ça Dard a eut un bras brisé par un des pillards. Il finira en partie infirme. Ce sera très difficile pour ce jeune de 18 ans, et Isis et Adine qui ont à peine 9 ans. On ne veut pas les abandonner. Mais on est un petit village pas très riche, nous avons eu beaucoup de pertes, et de nombreux blessés dont il faut aussi prendre soin. Enfin je pense que le village pourra s’occuper d’eux pour un petit temps. Avec de la chance la blessure de Dard ne sera pas trop grave. »

« J’ai pris à mon service 4 jeunes, je peux certainement en prendre 3 en plus. Si cela peut rendre service. Et j’ai peut être un moyen pour guérir la blessure de Dard, j’ai quelques connaissances dans ce domaine. » Dis-je avec un petit sourire.

« Vraiment? Mon garçon vous montrera la maison que leur famille louait. » Dit-il en regardant le petit garçon près de lui qui regardait avec admiration l’hongre.

Le jeune garçon hocha la tête intimidé, et nous montra le chemin. Nous arrivâmes bientôt à une petite maison, correctement entretenue. Le petit garçon nous laissa, et comme j’allais frapper à la porte, Gilas me demanda:

« Vous êtes sûr? Vous avez déjà pris 4 orphelins sous votre aile, c’est déjà plus qu’admirable. Pourquoi faites-vous cela? »

« Je peux aider, et de plus cela répond à mes besoins. J’ai besoin de fidèles compagnons à mon service, qui me suivront dans les moments de paix comme dans les moments d’adversité. Et puis on se complète plutôt bien, j’ai perdu mon pays, vous avez perdu votre avenir avec votre famille. Construisons-nous un futur ensemble. » Dis-je.

Je frappa à la porte sans lui laisser le temps de répliquer. Une petit fille vint offrir à la porte.

« Bonjour petite, Isis ou Adine? Ton frère est là? »

« Bonjour, c’est Isis. Oui. » Dit-elle avec inquiétude en me voyant, puis elle vit Gilas et fut visiblement rassuré. Ils devaient se connaître. Maintenant que j’y pense c’est tout à fait logique dans un aussi petit village.

« Peux-t’on lui parler? J’ai quelque chose à lui proposer. » Dis-je d’une voix douce.

« Euh oui, entrez tous les deux. » Dit-elle, en nous faisant signe. »Par ici. »

Elle nous guida vers son frère assis sur une chaise avec son bras cassé posé sur la table. Comme je le soupçonnais, ils ne connaissent pas les plâtres, ou alors il n’y avait aucun docteur dans ce village. S’il n’y a pas de multiples fractures, j’aurai juste à réaligner l’os, puis le maintenir fortement serré par des branches.

« Bonjour Dard, je me présente Chevalier William Malas. »

« Bonjour, c’est vous qui avez tué autant de pillards? Que nous voulez-vous? » Dit-il soupçonneux.

« Hum, oui. Actuellement j’ai pris à mon service 4 orphelins dont Gilas qui est avec moi. Je souhaite vous proposer à tous les 3 la même offre. Je vous enseignerais l’art de la guerre, à écrire et lire, à compter, et d’autres connaissances. Bien sûr tes sœurs sont trop jeunes pour se battre, et comme les petits Rul et Guro, elles pourront choisir plus tard si elles veulent juste continuer à servir en tant que servantes. Cette offre est aussi valable pour toi, même si je préférerais que tu deviennes un militaire une fois près. » Dis-je d’une traite.

« Vous voulez engager un infirme pour se battre?! »

« Ah euh, non, je pense pouvoir guérir ton bras. Il faudra juste du temps pour que l’os se ressoude. Cela sera un peu douloureux. »

Je me tourna vers Gilas et en lui prenant l’heaume de ses mains, lui demanda d’aller chercher des branches de la taille de l’avant-bras de Dard, des lanières de cuir, et du tissus pour lui faire une écharpe afin de supporter son bras. Il sortit rapidement.

« Humpf, je ne vois pas vos motifs à faire tout cela. Recruter de jeunes orphelins quand vous pourriez recruter des soldats ou des servantes si vous aviez juste besoin de serviteurs. »

« Hum, pour recruter des soldats je le ferais certainement à un moment ou à un autre. Mais j’ai un autre objectif en ce qui vous concerne. Je souhaite fonder un ordre militaire dans l’avenir, une armée privée en quelque sorte, et vous former pour que vous en formiez le noyau fondateur. Un ordre de chevaliers. Je sais que tu ne sais pas c’est quoi un ‘chevalier’. Pour faire simple on va dire un cavalier lourd d’élite, qui a aussi les compétences pour commander des troupes. Même si ce n’est pas que ça. »

« Cavalier? Vous voulez faire de pauvres jeunes orphelins des cavaliers?! »

« Oui, oui. Les jeunes sont plus faciles à former. Et les orphelins n’ont pas d’attachement particulier. Donc oui de jeunes orphelins. De plus contrairement à un soldat, vous n’aurez pas un salaire élevé dès le début. Vu mes finances je ne peux pas me permettre de payer des soldats de métier de toute façon. Cela à moins de vendre mes chevaux, ce que je ne souhaite pas. Bref c’est une situation où je suis gagnant comme vous l’êtes, je vous fournis un futur rempli de possibilités, et en échange j’obtiens des loyaux compagnons qui me suivront. »

« Compagnon? » Dit-il en baissant enfin sa garde. « Ce que vous dîtes semble logique… Mais cependant je ne souhaite pas mettre mes sœurs en danger… »

« Moi non plus. C’est elles qui décideront de leur future quand elles auront l’âge. Elles auront de nombreuses années de formation devant elle, contrairement à Gilas, Eanne et toi. Donc quelque soit leur choix, elles seront capable de se débrouiller. » Dis-je avec un sourire. « Elles prendront leur décision vers l’âge de 14-15 ans, comme Guro et Rul. Si elles décident de continuer à suivre la voie que je leur propose. Ou juste être de simples servantes. »

« Mais si vous ne pouvez pas guérir totalement mon bras? »

« Oh il y a plein d’autres tâches à faire, même pour quelqu’un ayant un bras abîmé. Par exemple s’occuper de mes chevaux pourrait être un de ces tâches. Ah au niveau salaire, il augmentera en fonction de votre choix mais sera plus que correcte. »

« Vous savez que ce que vous dîtes semble trop beau pour être vrai? »

« Possible, mais je ne mens pas. Même si tout est en projet et rien n’est encore totalement défini. J’avancerai étape par étape avec vous. Ah et vous ne serez certainement pas que 7 orphelins. Je compte recruter autant que je peux, enfin pas d’un bloc, au fur et à mesure. Que ceux que j’ai formé puissent former les suivants. » Dis-je avec un sourire.

« Vous êtes un drôle de noble vous savez? J’accepte. » Dit-il en riant.

« Possible. »

Gilas revint peu après avec ce que je lui avais demandé. Je dis à Dard de serrer les dents, et commença à manipuler son avant-bras. Il n’avait heureusement qu’une simple fracture, nette, je remis  en place de mon mieux. Ensuite je positionna les branches pour qu’une fois bien serrée avec les lanières de cuir son avant-bras ne puisse pas bouger d’un pouce. Je serra le tout. Et ce fut finit. Pendant tout ce temps il n’émit pas un mot malgré sa face pâle, se contentant de mordre de tout ses forces un morceau de cuir. Je lui passa le morceau de tissu pour qu’il puisse mettre son bras en bandoulière. Avant de partir je leur demanda de rassembler leur affaires et de venir dormir chez Eanne et Guro avant notre départ. Je demanda à Gilas de les aider à déménager. Je retourna seul vers la rivière.

Les deux garçons s’affrontaient en essayant de pratiquer ce qui étaient écrit sur la liasse de feuilles, sous la tutelle d’Eanne qui répétait elle aussi les mouvements. Ils faisaient tous les trois beaucoup d’efforts. J’interrompis Eanne, et l’informa de la situation, elle allait devoir acheter plus de fournitures. Elle soupira et hocha simplement la tête. Je ramassa alors l’épée en bois que j’avais fait pour Gilas, et commença à échanger des coups avec elle. Je lui montra comment tenir son arme correctement, la position à avoir, les coups et parades. De temps en temps je m’interrompais pour corriger les mouvements des garçons. La matinée s’écoula ainsi sous le bruit du bois percutant le bois, et des fois la chair, suivi par un cri de douleur.

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